Emma, galeriste à Londres, a entretenu pendant sept ans une relation avec Jerry, agent littéraire, qui est aussi le meilleur ami de son mari Robert, éditeur. La pièce s’ouvre sur un aveu. Emma apprend à Jerry qu’elle vient de tout révéler à son mari. La femme, le mari et l’amant. Voici le trio classique du théâtre bourgeois, mais l’enchaînement des faits est atypique. Dans une chronologie à rebours, Harold Pinter retrace les sept années de cette triangulation amoureuse : des séparations aux rencontres, des aveux aux mensonges. En renversant le cycle du temps de cette intrigue, Harold Pinter en souligne les troubles et les contradictions et nous livre une analyse complexe des sentiments et non-dits amoureux. Entre les scènes, les ellipses contribuent à maintenir un suspens qui ne porte pas sur le dénouement, mais sur le trajet qui y conduit. Ce procédé transforme totalement notre regard. La complexité des rapports amoureux et amicaux nous est ainsi révélée, faisant du spectateur un enquêteur à la recherche d’une impossible vérité.
Les trois comédiens, tels des équilibristes, donnent vie à ces personnages tourmentés en s’emparant de l’écriture incisive de Pinter. Ils nous entraînent, avec délice, au commencement de l’histoire, nous montrant que tout peut être à la fois vrai et faux, tragique et comique, réel et irréel.
Mise en scène Tatiana Vialle. Scénographie Alain Lagarde. Nouvelle traduction Olivier Cadiot. Lumières Christian Pinaud. Musique Lou et Mahut. © Vincent Desailly et Caroline Bottaro
